Commençons par quelques expressions utilisées à Sivignon ou tout près d'ici et qui nous parlent bien :
Aga don cment y nârit, y va tsère des keurés montés su des tchâtres. Regarde donc comme ça s'assombrit, il va tomber des curés montés sur des théâtres. On peut supposer que tchâtre est employé dans le sens de "chaire" mais l'expression reste assez obscure malgré tout.
Ôl a vu peuter l'loup su la piârre de bôs. Il a vu péter le loup sur la pierre de bois. Il raconte des choses invraisemblables. On retrouve cette formule à l'identique dans les monts du Forez au XVIIIe siècle.
Vés nos, l'vèlo y'est pénib'ye : y monte, y dvelle, y monte, y dvelle, y monte, y dvelle. Chez nous le vélo, c'est pénible : ça monte, ça descend, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend. Ici le verbe dvaller (dévaller) fait mieux ressortir le côté "montagnes russes" de certaines de nos routes, toutes droites mais ô combien peu plates.
Y pistole ! Ça vaut des sous ! On peut se poser la question de savoir si cette expression, toujours vivace, fait référence à l'écu espagnol (la pistole) qui a été en usage en Charolais au XVe siècle.
Y'a d'qua dégoter les tsins d'martsi à pîd ! Il y a de quoi dégoûter les chiens de marcher à pied. C'est désespérant, déprimant.
Y'avot-ti eune grosse matte de fmî ? Y avait-il un gros tas de fumier ? Façon détournée de s'enquérir de la richesse d'un paysan.
Et maintenant, un peu de vocabulaire :
biclou n.m. Vélo. L'facteu a enfortsi un deri cop so biclou, étalé sa cape de lain*ne, rabattu sa caputse, apeu ô s'est renvni vés lu en pédalant sos la pyiou.
dhiorer v. Foutre dehors. Ce verbe, si expressif, n'est pas en usage à Sivignon alors que l'on "fout Christian dhiors"sans problème. C'est bien dommage, il faut aller en pays bourbonnais pour le retrouver.
ébeuilli v. (de l'a.f. esboeler, faire sortir la boele, les boyaux) Eventrer. Dz'ferons un tarto*llon dave les peurnes vèrées, les ébeuillies apeu chtés qu'sant boriaudées p'les grondes. Nous ferons un clafoutis avec les prunes véreuses, les écrasées et puis celles qui sont abîmées par les guêpes.
garlochi, garlotsi v. Traîner quelque chose en faisant du bruit.
gueugni v. 1. Attendre. Alle l'a fait gueugni deux heures de rang sos les agotaîlles. Elle l'a fait attendre pendant deux heures sous les gouttes tombant du chêneau. 2. Remuer. Ôl a dzamais gueugni les sous. Il n'a jamais manqué d'argent, il n'a jamais eu à mendier.
mie n.f.(de amie) Ma mie, mon petit, mon enfant, ma chérie. S'emploie encore par les anciens aux lieu et place de chéri, chérie.
tsâte boquin n.m. Couteau mal aiguisé. On dit aussi aveuyion en pays Charolais et agmelle en Brionnais.
Pour finir, une petite histoire pour illustrer le mot "bonnet d'neit", le fameux bonnet de nuit à pompon, encore en usage dans les années cinquante.
Dans la piéce, nos y voit pyus guére, la Francine s'exclame :
Mas vla-ti pas qu' dz'ai oubyi d'atster eune mètse nue p'le cruju ! Cment qu'nos vans faire chte neit p'aller woi la vatse qu'amo*lle ?
Le Glaudius allot enco s'mette à gueuler aprés li.
T'en fais pas la mère, qu'ô dit so ptiet gârs, apeu ô tatoune su l'yit du grand père, ô prend un ptiet mochau d'lain*ne su l' pompon qu'étot su l'bonnet d'neit apeu ô l'don*ne à sa mère en djant :y fra eune mètse pe chtu sa, la neit d'après l'viau sra fait.
Alô, la Francine, tote heureuse, de dère : Ôl est don fûté mo ptiet gârs, nos-en frans quitsouze, hein l'père ?
Dans la salle on ne voit plus grand chose, la Francine s'exclame :
Mais voilà que j'ai oublié d'acheter une mèche neuve pour la lampe à huile. Comment ferons-nous cette nuit pour aller voir la vache qui amouille ?
Le Claudius allait encore la disputer.
Ne t'inquiète pas maman, lui dit son jeune fils, puis il tâtonne sur le lit du grand père, il prélève un petit bout de laine sur le pompon du bonnet de nuit et le donne à sa mère en disant : ça fera une mèche pour ce soir, la nuit prochaine le veau sera né.
Alors, la Francine, tout heureuse, de dire : Il est intelligent mon petit garçon, nous en ferons quelque chose, n'est-ce pas le père ?
oOo