Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 17:52

 

Commençons par quelques expressions utilisées à Sivignon ou tout près d'ici et qui nous parlent bien :

 

Aga don cment y nârit, y va tsère des keurés montés su des tchâtres. Regarde donc comme ça s'assombrit, il va tomber des curés montés sur des théâtres. On peut supposer que tchâtre est employé dans le sens de "chaire" mais l'expression reste assez obscure malgré tout.

 

Ôl a vu peuter l'loup su la piârre de bôs. Il a vu péter le loup sur la pierre de bois. Il raconte des choses invraisemblables. On retrouve cette formule à l'identique dans les monts du Forez au XVIIIe siècle.

 

Vés nos, l'vèlo y'est pénib'ye : y monte, y dvelle, y monte, y dvelle, y monte, y dvelle. Chez nous le vélo, c'est pénible : ça monte, ça descend, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend. Ici le verbe dvaller (dévaller) fait mieux ressortir le côté "montagnes russes" de certaines de nos routes, toutes droites mais ô combien peu plates.

 

Y pistole ! Ça vaut des sous ! On peut se poser la question de savoir si cette expression, toujours vivace, fait référence à l'écu espagnol (la pistole) qui a été en usage en Charolais au XVe siècle.

 

Y'a d'qua dégoter les tsins d'martsi à pîd ! Il y a de quoi dégoûter les chiens de marcher à pied. C'est désespérant, déprimant.

 

Y'avot-ti eune grosse matte de fmî ? Y avait-il un gros tas de fumier ? Façon détournée de s'enquérir de la richesse d'un paysan.

 

Et maintenant, un peu de vocabulaire :

 

biclou n.m. Vélo. L'facteu a enfortsi un deri cop so biclou, étalé sa cape de lain*ne, rabattu sa caputse, apeu ô s'est renvni vés lu en pédalant sos la pyiou.

 

dhiorer v. Foutre dehors. Ce verbe, si expressif, n'est pas en usage à Sivignon alors que l'on "fout Christian dhiors"sans problème. C'est bien dommage, il faut aller en pays bourbonnais pour le retrouver.

 

ébeuilli v. (de l'a.f. esboeler, faire sortir la boele, les boyaux) Eventrer. Dz'ferons un tarto*llon dave les peurnes vèrées, les ébeuillies apeu chtés qu'sant boriaudées p'les grondes. Nous ferons un clafoutis avec les prunes véreuses, les écrasées et puis celles qui sont abîmées par les guêpes.

 

garlochi, garlotsi v. Traîner quelque chose en faisant du bruit.

 

gueugni  v. 1. Attendre. Alle l'a fait gueugni deux heures de rang sos les agotaîlles. Elle l'a fait attendre pendant deux heures sous les gouttes tombant du chêneau. 2. Remuer. Ôl a dzamais gueugni les sous. Il n'a jamais manqué d'argent, il n'a jamais eu à mendier.

 

mie n.f.(de amie) Ma mie, mon petit, mon enfant, ma chérie. S'emploie encore par les anciens aux lieu et place de chéri, chérie.

 

tsâte boquin n.m. Couteau mal aiguisé. On dit aussi aveuyion en pays Charolais et agmelle en Brionnais.

 

Pour finir, une petite histoire pour illustrer le mot "bonnet d'neit", le fameux bonnet de nuit à pompon, encore en usage dans les années cinquante.

 

Dans la piéce, nos y voit pyus guére, la Francine s'exclame :

Mas vla-ti pas qu' dz'ai oubyi d'atster eune mètse nue p'le cruju ! Cment qu'nos vans faire chte neit p'aller woi la vatse qu'amo*lle ?

Le Glaudius allot enco s'mette à gueuler aprés li.

T'en fais pas la mère, qu'ô dit so ptiet gârs, apeu ô tatoune su l'yit du grand père, ô prend un ptiet mochau d'lain*ne su l' pompon qu'étot su l'bonnet d'neit apeu ô l'don*ne à sa mère en djant :y fra eune mètse pe chtu sa, la neit d'après l'viau sra fait.

Alô, la Francine, tote heureuse, de dère : Ôl est don fûté mo ptiet gârs, nos-en frans quitsouze, hein l'père ?

 

Dans la salle on ne voit plus grand chose, la Francine s'exclame :

Mais voilà que j'ai oublié d'acheter une mèche neuve pour la lampe à huile. Comment ferons-nous cette nuit pour aller voir la vache qui amouille ?

Le Claudius allait encore la disputer.

Ne t'inquiète pas maman, lui dit son jeune fils, puis il tâtonne sur le lit du grand père, il prélève un petit bout de laine sur le pompon du bonnet de nuit et le donne à sa mère en disant : ça fera une mèche pour ce soir, la nuit prochaine le veau sera né.

Alors, la Francine, tout heureuse, de dire : Il est intelligent mon petit garçon, nous en ferons quelque chose, n'est-ce pas le père ?

 

oOo

Par Olivier de Vaux - Publié dans : ATELIERS
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 19:36

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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 12:27

 

 

 

Voici tout d'abord une charmante tradition liée au mariage, vivace au XVIIIè s. et dont il restait quelques vestiges à Sivignon après guerre.

 

"A Pressy-sous-Dondin et dans quelques communes voisines, il existe des usages plus singuliers encore. La veille du mariage, le futur et sa famille sont invités à un souper auquel ils ne se rendent pas ; mais, la nuit venue, les amis de l'époux et ses frères vont au lieu où le repas est préparé : ils frappent à la porte qu'ils trouvent fermée, et réclament une brebis. Après de longs pourparlers, ils sont introduits, et on leur assure qu'on n'a point l'objet de leurs recherches. Persistant toujours, ils frappent, ils cherchent partout, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé la chambre où sont enfermées toutes les jeunes filles de la noce. Il en sort aussitôt quelqu'un pour annoncer qu'il vient de compter toutes les brebis de la maison, et qu'il n'y en a pas d'étrangères. Les jeunes filles se présentent alors une à une ; on les fait danser successivement jusqu'à ce que l'on ait trouvé la future qui se tient cachée : elle paraît enfin, et danse à son tour. Les filles, les femmes mangent et se retirent de bonne heure ; les hommes passent la nuit à table et attendent ainsi le moment de la célébration. Lorsque les époux reviennent de l'église à la maison, on ferme les portes, et, des croisées, on jette sur eux différentes sortes de grains, du blé, de l'avoine, des fèves ; cela s'appelle semer les épousées. On leur présente ensuite un gâteau que, tous deux, ils entament avec les dents, et du vin dont ils boivent dans le même verre ; puis, on les introduit dans l'appartement où sont réunis les convives. Il est surtout d'usage de faire suivre ces cérémonies de danses et de jeux qui ne durent jamais moins de deux jours."


 

 

Pour les curieux, ce texte est extrait du livre de Camille Ragut, paru en 1838 et portant le titre peu affriolant de "Statistiques de Saône-et-Loire".

 

Revenons à notre lexique, qui s'est encore enrichi de nombreux mots parmi lesquels :

 

arraper (s') v. (du germanique râpon se saisir de) S'agripper, s'accrocher. Les pourres petiets s'arrapint au dvanti d'la Francine, y fayot pouin*ne à woî ! Les pauvres petits s'agrippaient au tablier de Francine, cela faisait peine à voir.

attigerv. (terme d'argot du XIXe s. signifiant blesser, heurter et même torturer) 1. Blesser, meurtrir, handicaper. Est attigéeune personne atteinte d'une infirmité, d'une maladie. La feunne du Léion est attigée d'eun' ulcère qu'est gros cment eune paute.La femme de Léon est handicapée par un ulcère gros comme un ballon. 2. Exagérer. Toudze à réclamer des sous, ôl attige, tot d'min*me !Toujours à réclamer des sous, il exagère, tout de même ! Ce mot fait partie des rares exceptions au principe de transformation du "ge" en "dze".

bèrliche, beurliche n.f. Verge, surtout dans le langage enfantin. Comment ne pas rapprocher ce mot de la beurlette, équivalent féminin. Tout porte à croire que les contrepétistes seront comblés avec ces deux petits mots.

beurlisatsot n.m. (de berlichassot, mot du vocabulaire de la mine) Petit sac destiné à contenir des effets personnels.

beurlouter v. (sans doute du bourguignon brelot, coiffe) Aplanir, râtisser. Voir râtiauder.

beurtsot adj. Edenté, ébréché. Lu ôl est ptéte beurtsot mas ôl est pas sot ! Li, alle a totes ses dents mas y'est sa comprenotte qu'est beurtsotte ! Lui, il est sans doute édenté mais il n'est pas sot ! Elle, elle a toutes ses dents mais c'est son intelligence qui est ébréchée !

boquin (chtit) n.m. Prétentieux. Dépeu qu'ôl a eune auto y'est un vrai chtit boquin, ô passe dvant nos sans boudzi la téte. Depuis qu'il a une auto, c'est un petit prétentieux, il passe devant nous sans bouger la tête.

bôs d'tsin n.m. Bourdaine. Ce nom de bois de chien semble venir non pas du fait que l'écorce est un laxatif mais de ce que le charbon de bois servait à fabriquer la poudre noire utilisée dans les fusils à chiens.

bouliguer v. Remuer, émouvoir, bouleverser, secouer. (de l'occitan bolegar) A l'é*yise y'étot bié émotionnant, nos étins tot bouligués. A l'église c'est très émouvant, nous étions bouleversés.

colique de miserere n.f. Douleur abdominale violente due à une occlusion intestinale. Cette expression, bien française, s'entend encore ici. Pour les amateurs de sensations fortes voici un lien vers un article traitant de cette affection.

couinèche n.f. Femme ayant une nette propension à parler à la fois aigü et fort. Voir kignèche.

dagts de la mô n.f.pl. Nom donné parfois aux scorsonères qui se présentent souvent sous forme de racines multiples évoquant une main aux longs doigts noirs.

dzouter v. (p.ê. de joute) Achever, épuiser. La grippe m'a dzouté, dz'sus pus bon à ren. La grippe m'a achevé, je ne suis plus bon à rien.

ékeûchi v. (d'éclisse) 1. Entailler une branche, un arbre, lacérer le bois. L'fû du cié a ékeûchi l'vieux frâgne. La foudre a lacéré le vieux frêne. 2. (de keûche) Ecarteler, écarter les cuisses. A tant t'ékeuchi, t'tins tot l'yit. A tant t'étaler, tu tiens tout le lit.

ganache n.f. Mâchoire. Ô s'est dégôgni la ganache tellement qu'ô s'est écafalé. Il s'est décroché la mâchoire tellement il a ri.

gline (à la) n.f. A la suite, à la longue, peu à peu. Tos ses ragots ant tseu à la gline. Tous ses chicots sont tombés les uns après les autres.

laper v. (onom.) Coller au palais en parlant d'aliments sucrés. Thérèse, donne-don des bonbons à chtés braves ptiets gârs, des qu'lapant. Thérèse, donne donc des bonbons à ces beaux petits garçons, des (bonbons) qui collent aux dents.

rau n.m. (du lat. rasculare, râcler) Busard, épervier, dont le cri évoque un raclement. Mario Rossi précise qu'en ancien français le racle, qui a la même origine et dont la forme râle est une variante, désignait le geai. N'oublions pas qu'en patois charolais de nombreux mots en "al" sont transformés en "au", il en va ainsi pour le rau. Voir bourre.

rgueurni (se) v. Montrer son mécontentement par une grimace.

tchauleux n.m. (de l'excl. tché, tché) Conducteur de boeufs. A la fin des an*nées cinquante y'avot encô quéques bons tchauleux à Seuvgnon. Nous n'avons pas trace des chants utilisés à Sivignon. Pour se faire une idée, voici les paroles d'un chant des environs de Montceau, de la fin du XIXe s. : Les deux bûs d'devant volant bin six cents francs, les deux bûs du mitan en volant bin autant, les deux bûs qu'sant derri les volant bin arri ! Les deux boeufs de devant valent bien six cents francs, les deux boeufs du milieu en valent bien autant, les deux boeufs de derrière les valent bien aussi !

tchi-tchou excl. Cette exclamation était proférée par l'animateur des danses pour inciter les cavaliers à embrasser leurs cavalières et réciproquement.

tsamper v. (de l'a.fr. échamper, faire sortir du champ, faire fuir) Mettre dehors, chasser à coups de bâton.

tsautse-motte (de tsautsi et motte) n.f. Bergeronnette.

 

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Par Olivier de Vaux - Publié dans : ATELIERS
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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 09:41

Une fois de plus nous avons déniché un certain nombre de mots à ajouter au Patois de Sivignon. En voici quelques uns.

 

altour n.m. Environs, alentour. Dz'étos l'seul' d'altour' : j'étais le seul des environs.

beutner v. Gâter, pourrir. Nos ans rtroué un gros mocheau d'viande beutnée dans so pyacâ.

cabaner v. Calfeutrer, isoler, boucher, protéger. Faudrot pensi d'cabaner les tu*yaux d'iau dvant qu'i dzale !

dépion*ner v. Arracher l'herbe avec la motte de terre dans laquelle les racines sont emmêlées. L'Mile a dépion*né un bout d'pré p'y faire des treuffes.

dzlif, jlif adj. (de gélif) En parlant d'un bois, impropre à la menuiserie du fait de défauts ou de déformations dûs essentiellement aux écarts de température. Ôl est dzlif ton tsâgne, renque bon à breûler !

gommer v. Attendre. Ôl a gommé tote la neit qu'alle r'veunne, mas wat' alle est dzamais revni.

gueurèche n.f. Femme ou fille passant beaucoup de temps dans les cafés ou les bals. Is l'ant avauriennée, achtheûre y'est eune vraie gueurèche.

palire n.f. Pièce de bois ou de métal soutenant les darèches d'un char. Il y avait en général 4 palires (aux quatre coins) et deux demi-palires (au milieu des côtés longs) sur un char.

pendain*ne n.f. 1. Pente forte dans un terrain. Syn. beurdoûle et garaudain*ne. 2. Inclinaison forte de la vigne quand les grappes se font lourdes. La veugne fait pendain*ne.

peunat n.m. et adj. Pin chétif et en général arbre chétif.

picon n.m. Assemblage en faisceau de javelles liées. Le froment était d'abord réuni en dzvelles, puis lié en beudions puis mis debout à sécher en picons avant d'être entassé en dzerbire.

picon n.m. Plantoir.

picot n.m. Queue de cerise et d'autres fruits, pédoncule.

pion n.m. 2. Partie racinaire de l'herbe d'une prairie. Pour que l'herbe ne repousse pas il faut dépion*ner, c'est à dire l'arracher avec la motte de terre dans laquelle les racines sont emmêlées. 3. Tape, coup.

potô n.m. Silo de plein champ, semi-enterré et recouvert de paille de seigle et de terre, utilisé pour stocker les pommes de terre préalablement regroupées en taupires. Ce silo était également appelé un crô.Durant les années 50, sans doute en raison de problèmes de pourrissement, les pommes de terre étaient cuites dans une chaudière avant d'être placées dans un potô tapissé de sacs de chaux. On venait les prélever à la bêche durant tout l'hiver pour nourrir les cochons et les volailles.

quianchi v. Dessècher, ratatiner. Dave les an*nées alle étot quianchie cment eune pomme keute oubyî dans l'fô.

rabattue n.f. 1.Tour de fauchage à contresens au pourtour du pré. 2. En couture, rabat, ourlet.

ragromer (se) v. Se recroqueviller. Syn. d'agrômer.

serviçant adj. Serviable. L'Mile est toudze bié serviçant dave les feunnes.

taupire n.f. Silo de pommes de terre provisoire, simple protection de feuillages ou de paille contre le verdissement.

tchon, tion n.m. Timon.

toujon n.m. Drainage de fortune.

traupner v. S'activer à des tâches très variées et peu suivies qui prennent du temps et qui font dire : je n'ai rien fait, mais je n'ai pourtant pas arrêté. Dz'ai traupné tot l'matin, midi soûnot dz'avos encô ren fait !

trion n.m. Dans les écuries de cochons dotées de deux pièces séparées le trion était la pièce où était placé le batset. Une fois la pâtée versée on ouvrait l'autre pièce où les cochons étaient retenus.

tsape n.f. Appentis.


Par Olivier de Vaux - Publié dans : ATELIERS
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 10:56

Dans le cadre de nos émissions socio-culturelles nous avons le plaisir de vous présenter, sur une musique de Memphis Slim et des paroles d'O de V : Va qu'ri les vatses.

Le texte de cette oeuvre majeure du répertoire figure ci-dessous avec sa traduction.

 

 

Va qu'ri les vatses

Va qu'ri les vatses

Va qu'ri les viaux

bis, bis, pubis

Faut tseufer nos-tés feuilles et nos-tés gârs

Faut tseufer l'feunnret apeu l'pauti

Nos dvans arri pansi les pitses apeu l'polot

Apeu les tseuvres et nos goris dédza bié gros

L'temps s'abeurèche, faut s'mette au coûte

Aga don eune élide, l'fû du cié va tsère d'achtôt.

 

Va chercher les vaches

Va chercher les veaux

Il faut appeler nos filles et nos hommes

Il faut appeler l'efféminé et le commis

Nous devons également panser les volailles

Ainsi que les chèvres et nos gorets déjà bien gros

Le temps se gâte, il faut se mettre à l'abri

Regarde, un éclair, la foudre va tomber d'ici peu.

Par Olivier de Vaux - Publié dans : VIDEOS
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  • : Ce blog a pour but de mettre à jour et d'enrichir le livre du Patois de Sivignon et d'ouvrir l'Atelier de Patois du village à tous les internautes intéressés par les parlers arpitans en général et charolais en particulier.
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