12/04 Atelier d'avril 2012
Voici tout d'abord une charmante tradition liée au mariage, vivace au XVIIIè s. et dont il restait quelques vestiges à Sivignon après guerre.
"A Pressy-sous-Dondin et dans quelques communes voisines, il existe des usages plus singuliers encore. La veille du mariage, le futur et sa famille sont invités à un souper auquel ils ne se rendent pas ; mais, la nuit venue, les amis de l'époux et ses frères vont au lieu où le repas est préparé : ils frappent à la porte qu'ils trouvent fermée, et réclament une brebis. Après de longs pourparlers, ils sont introduits, et on leur assure qu'on n'a point l'objet de leurs recherches. Persistant toujours, ils frappent, ils cherchent partout, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé la chambre où sont enfermées toutes les jeunes filles de la noce. Il en sort aussitôt quelqu'un pour annoncer qu'il vient de compter toutes les brebis de la maison, et qu'il n'y en a pas d'étrangères. Les jeunes filles se présentent alors une à une ; on les fait danser successivement jusqu'à ce que l'on ait trouvé la future qui se tient cachée : elle paraît enfin, et danse à son tour. Les filles, les femmes mangent et se retirent de bonne heure ; les hommes passent la nuit à table et attendent ainsi le moment de la célébration. Lorsque les époux reviennent de l'église à la maison, on ferme les portes, et, des croisées, on jette sur eux différentes sortes de grains, du blé, de l'avoine, des fèves ; cela s'appelle semer les épousées. On leur présente ensuite un gâteau que, tous deux, ils entament avec les dents, et du vin dont ils boivent dans le même verre ; puis, on les introduit dans l'appartement où sont réunis les convives. Il est surtout d'usage de faire suivre ces cérémonies de danses et de jeux qui ne durent jamais moins de deux jours."
Pour les curieux, ce texte est extrait du livre de Camille Ragut, paru en 1838 et portant le titre peu affriolant de "Statistiques de Saône-et-Loire".
Revenons à notre lexique, qui s'est encore enrichi de nombreux mots parmi lesquels :
arraper (s') v. (du germanique râpon se saisir de) S'agripper, s'accrocher. Les pourres petiets s'arrapint au dvanti d'la Francine, y fayot pouin*ne à woî ! Les pauvres petits s'agrippaient au tablier de Francine, cela faisait peine à voir.
attigerv. (terme d'argot du XIXe s. signifiant blesser, heurter et même torturer) 1. Blesser, meurtrir, handicaper. Est attigéeune personne atteinte d'une infirmité, d'une maladie. La feunne du Léion est attigée d'eun' ulcère qu'est gros cment eune paute.La femme de Léon est handicapée par un ulcère gros comme un ballon. 2. Exagérer. Toudze à réclamer des sous, ôl attige, tot d'min*me !Toujours à réclamer des sous, il exagère, tout de même ! Ce mot fait partie des rares exceptions au principe de transformation du "ge" en "dze".
bèrliche, beurliche n.f. Verge, surtout dans le langage enfantin. Comment ne pas rapprocher ce mot de la beurlette, équivalent féminin. Tout porte à croire que les contrepétistes seront comblés avec ces deux petits mots.
beurlisatsot n.m. (de berlichassot, mot du vocabulaire de la mine) Petit sac destiné à contenir des effets personnels.
beurlouter v. (sans doute du bourguignon brelot, coiffe) Aplanir, râtisser. Voir râtiauder.
beurtsot adj. Edenté, ébréché. Lu ôl est ptéte beurtsot mas ôl est pas sot ! Li, alle a totes ses dents mas y'est sa comprenotte qu'est beurtsotte ! Lui, il est sans doute édenté mais il n'est pas sot ! Elle, elle a toutes ses dents mais c'est son intelligence qui est ébréchée !
boquin (chtit) n.m. Prétentieux. Dépeu qu'ôl a eune auto y'est un vrai chtit boquin, ô passe dvant nos sans boudzi la téte. Depuis qu'il a une auto, c'est un petit prétentieux, il passe devant nous sans bouger la tête.
bôs d'tsin n.m. Bourdaine. Ce nom de bois de chien semble venir non pas du fait que l'écorce est un laxatif mais de ce que le charbon de bois servait à fabriquer la poudre noire utilisée dans les fusils à chiens.
bouliguer v. Remuer, émouvoir, bouleverser, secouer. (de l'occitan bolegar) A l'é*yise y'étot bié émotionnant, nos étins tot bouligués. A l'église c'est très émouvant, nous étions bouleversés.
colique de miserere n.f. Douleur abdominale violente due à une occlusion intestinale. Cette expression, bien française, s'entend encore ici. Pour les amateurs de sensations fortes voici un lien vers un article traitant de cette affection.
couinèche n.f. Femme ayant une nette propension à parler à la fois aigü et fort. Voir kignèche.
dagts de la mô n.f.pl. Nom donné parfois aux scorsonères qui se présentent souvent sous forme de racines multiples évoquant une main aux longs doigts noirs.
dzouter v. (p.ê. de joute) Achever, épuiser. La grippe m'a dzouté, dz'sus pus bon à ren. La grippe m'a achevé, je ne suis plus bon à rien.
ékeûchi v. (d'éclisse) 1. Entailler une branche, un arbre, lacérer le bois. L'fû du cié a ékeûchi l'vieux frâgne. La foudre a lacéré le vieux frêne. 2. (de keûche) Ecarteler, écarter les cuisses. A tant t'ékeuchi, t'tins tot l'yit. A tant t'étaler, tu tiens tout le lit.
ganache n.f. Mâchoire. Ô s'est dégôgni la ganache tellement qu'ô s'est écafalé. Il s'est décroché la mâchoire tellement il a ri.
gline (à la) n.f. A la suite, à la longue, peu à peu. Tos ses ragots ant tseu à la gline. Tous ses chicots sont tombés les uns après les autres.
laper v. (onom.) Coller au palais en parlant d'aliments sucrés. Thérèse, donne-don des bonbons à chtés braves ptiets gârs, des qu'lapant. Thérèse, donne donc des bonbons à ces beaux petits garçons, des (bonbons) qui collent aux dents.
rau n.m. (du lat. rasculare, râcler) Busard, épervier, dont le cri évoque un raclement. Mario Rossi précise qu'en ancien français le racle, qui a la même origine et dont la forme râle est une variante, désignait le geai. N'oublions pas qu'en patois charolais de nombreux mots en "al" sont transformés en "au", il en va ainsi pour le rau. Voir bourre.
rgueurni (se) v. Montrer son mécontentement par une grimace.
tchauleux n.m. (de l'excl. tché, tché) Conducteur de boeufs. A la fin des an*nées cinquante y'avot encô quéques bons tchauleux à Seuvgnon. Nous n'avons pas trace des chants utilisés à Sivignon. Pour se faire une idée, voici les paroles d'un chant des environs de Montceau, de la fin du XIXe s. : Les deux bûs d'devant volant bin six cents francs, les deux bûs du mitan en volant bin autant, les deux bûs qu'sant derri les volant bin arri ! Les deux boeufs de devant valent bien six cents francs, les deux boeufs du milieu en valent bien autant, les deux boeufs de derrière les valent bien aussi !
tchi-tchou excl. Cette exclamation était proférée par l'animateur des danses pour inciter les cavaliers à embrasser leurs cavalières et réciproquement.
tsamper v. (de l'a.fr. échamper, faire sortir du champ, faire fuir) Mettre dehors, chasser à coups de bâton.
tsautse-motte (de tsautsi et motte) n.f. Bergeronnette.
oOo